Les tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis depuis 2025 constituent un cas
particulièrement révélateur de l'exposition que peut créer une forte concentration commerciale lorsqu'un choc politique modifie soudainement les conditions d'accès au principal débouché. Pour le GVC et le CIRANO, cette situation permet également de mettre en évidence la valeur analytique du jumeau numérique (JN) : plutôt que de simplement constater les conséquences d'une politique tarifaire a posteriori, le simulateur permet
d'explorer en amont plusieurs scénarios et d'identifier les secteurs et les corridors commerciaux les plus exposés. Les développements observés en 2025 et en 2026 sont cohérents avec plusieurs des mécanismes
illustrés par le JN, sans pour autant constituer une validation prévisionnelle du modèle.
Du scénario simulé au choc réellement observé
Les simulations présentées dans le jumeau numérique du GVC reposent notamment sur trois scénarios : l'absence de tarif additionnel, l'imposition d'un tarif supplémentaire de 10 % et celle d'un tarif de 25 %. Elles font apparaître une relation claire : plus la barrière tarifaire américaine augmente, plus la trajectoire projetée des exportations canadiennes vers les États-Unis se détériore. Cette sensibilité est particulièrement visible pour les véhicules, l'aluminium, les produits du bois ainsi que le pétrole et les combustibles minéraux (GVCdtLab, tariff simulator, 2026 screenshots).
Dans le cas des véhicules, par exemple, le JN indique environ 69 milliards de dollars d'exportations
canadiennes vers les États-Unis en 2024 et projette pour 2025 environ 57 milliards sans tarif additionnel,
53 milliards sous un scénario de 10 % et 47 milliards sous un scénario de 25 % (GVCdtLab, simulateur de
tarifs, 2026). La réalité observée est cohérente avec le mécanisme de contraction illustré par le simulateur. Après l'entrée
en vigueur des mesures tarifaires américaines au printemps 2025, les exportations canadiennes vers lesÉtats-Unis ont fortement reculé, notamment dans les automobiles et les camions légers (Statistique Canada, 2025). Plus globalement, les exportations canadiennes de marchandises à destination des États-Unis ont diminué de 5,8 % sur l'ensemble de l'année 2025 (Statistique Canada, 2026).
2025). More broadly, Canadian merchandise exports to the United States declined by 5.8% for the full year 2025 (Statistics Canada, 2026).
La comparaison ne doit toutefois pas être effectuée dollar pour dollar. Les catégories du simulateur et celles utilisées dans les statistiques commerciales officielles ne sont pas nécessairement parfaitement identiques et, surtout, le JN met principalement en évidence l'effet d'un choc tarifaire, alors que les valeurs commerciales effectivement observées résultent simultanément des tarifs, de la demande, des prix, du taux de change, des capacités de production et d'autres facteurs économiques. La pertinence du simulateur réside donc davantage dans sa capacité à identifier la direction et l'ordre de grandeur potentiel du choc que dans la prédiction exacte d'une valeur future.
Le cas de l'aluminium est particulièrement instructif. Le JN faisait apparaître une diminution de la trajectoire d'exportation à mesure que le tarif passait de 0 à 10 %, puis à 25 % (GVCdtLab, tariff simulator, 2026). Or, le choc effectivement appliqué est allé au-delà du scénario le plus sévère du JN. Les États-Unis ont introduit un tarif de 25 % sur l'aluminium canadien le 12 mars 2025,avant de le porter à 50 % le 4 juin 2025, sans exemption liée à l'ACEUM pour ces produits(Statistique Canada, 2025).
Cette exposition était particulièrement importante : en 2024, les exportations canadiennes d'aluminium atteignaient 13,4 milliards de dollars et plus de 94 % étaient destinées aux États-Unis. Après l'application des tarifs, les exportations mensuelles d'aluminium ont chuté à une moyenne d'environ 848 millions de dollars entre avril et août 2025, soit une baisse de plus de 24 % par rapport à la moyenne mensuelle de 2024 ((Statistique Canada, 2025).
Pour l'ensemble de 2025, les exportations d'aluminium brut et d'alliages ont diminué de 7,7 %, mais un phénomène particulièrement intéressant apparaît : les expéditions vers les pays autres que les États-Unis sont passées d'environ 670 millions à 2 milliards de dollars (Statistique Canada, 2026). Cette évolution est cohérente avec l'un des mécanismes que le jumeau numérique cherche à mettre en évidence : un choc tarifaire peut non seulement réduire les échanges bilatéraux, mais aussi provoquer une réallocation géographique des flux commerciaux.
Cette réorientation est observable plus précisément dans les données de Statistique Canada. En comparant les exportations enregistrées en 2025 jusqu'au mois d'août avec l'ensemble de l'année 2024, les exportations canadiennes d'aluminium vers les Pays-Bas avaient déjà progressé de 74,3 %, celles vers l'Italie avaient presque doublé, tandis que celles vers la Pologne avaient été multipliées par quatre(Statistique Canada, 2025).
Les produits forestiers et les produits énergétiques mettent également en évidence la nécessité de distinguer simulation tarifaire et prévision macroéconomique complète. Le JN montre comment des tarifs plus élevés réduisent les trajectoires projetées d'exportation, mais les résultats effectivement observés sont aussi influencés par l'évolution des prix mondiaux, de la demande et des capacités de transport. Cette différence ne constitue donc pas une faiblesse du JN : elle définit plutôt son rôle comme outil de simulation contrefactuelle, permettant d'isoler un mécanisme économique particulier.
Une concentration sur le marché américain qui commence à se réduire
À l'échelle de l'économie canadienne, un déplacement est maintenant mesurable. En 2024, 75,9 % des
exportations canadiennes de marchandises étaient destinées aux États-Unis. Cette proportion
est tombée à 71,7 % en 2025. Au cours de la même période, les exportations vers les États-Unis ont reculé de
5,8 %, alors que celles vers les pays autres que les États-Unis ont progressé de 17,2 % (Statistique Canada, 2026).
Le commerce total de marchandises avec les pays autres que les États-Unis est ainsi passé de 484 milliards de dollars en 2024 à 553 milliards en 2025, soit une progression de 14,3 %(Statistique Canada, 2026).
Les données portant directement sur les entreprises montrent également que ce déplacement ne se limite pas à quelques flux de grande valeur. En 2025, le nombre d'entreprises canadiennes exportant vers les États-Unis a diminué de 542, soit -1.3%, tandis que le nombre d'entreprises exportant vers des destinations autres que les États-Unis a augmenté de 292, soit +1.8%La proportion des entreprises exportatrices canadiennes desservant des marchés hors États-Unis est ainsi passée de 34,1 % à 34,8 %(Statistique Canada, 2026). Il serait néanmoins prématuré d'interpréter ces résultats comme un découplage économique entre le Canada et les États-Unis. La proximité géographique, les infrastructures existantes, l'ACEUM et plusieurs décennies d'intégration des chaînes de valeur continueront de favoriser fortement le commerce nord-sud.
La diversification doit donc être comprise non comme un remplacement du marché américain, mais comme un double levier : réduire le risque de concentration et exploiter, lorsque les coûts le justifient, de meilleurs débouchés. Cette nuance est importante : la géographie, la taille du marché américain et l'intégration historique expliquent
une grande partie de la concentration des échanges, mais elles ne démontrent pas que chaque flux observé est économiquement optimal.
Les travaux du CIRANO sur l'avantage comparatif fondé sur les coûts montrent une forte hétérogénéité : certaines chaînes nord-américaines, notamment automobiles et énergétiques, sont déjà très efficaces, alors que d'autres produits canadiens présentent des avantages de coût inexploités sur des
marchés tiers. L'enjeu n'est donc pas de commercer moins avec les États-Unis, mais de distinguer les flux déjà efficients de ceux pour lesquels une autre destination peut créer davantage de valeur (Warin, 2025).
Carney–Trump : de la négociation à la suspension du 21 août
Les événements d'août 2026 montrent que le conflit tarifaire est entré dans une nouvelle phase.
Après plusieurs semaines de négociations intensives, les États-Unis ont accepté le 18 août de reporter jusqu'à la fin du 21 août l'entrée en vigueur de nouveaux tarifs de 50 % sur une gamme de produits canadiens. Ottawa indiquait alors que des progrès avaient été réalisés, mais que des questions importantes restaient à régler (Cabinet du premier ministre, 18 août 2026).
Cette séquence est importante : elle montre que l'accès au marché américain ne dépend plus seulement des règles commerciales existantes, mais aussi d'une négociation politique dont les paramètres peuvent changer rapidement. Le 21 août, le Canada a suspendu les négociations après des modifications de dernière minute aux conditions américaines, jugées inéquitables, non rentables et de nature à remettre en cause la fiabilité d'un accord. La question centrale n'est donc plus seulement le niveau d'un tarif, mais la prévisibilité du régime d'accès au marché.
La position du gouvernement canadien demeure explicitement duale : préserver le meilleur accès possible au marché américain pour les entreprises canadiennes et, parallèlement, diversifier les partenariats à l'étranger. Ces objectifs ne sont pas contradictoires. Le premier protège les gains d'une intégration nord-américaine profonde; le second augmente les options des entreprises lorsque les conditions d'accès se dégradent (Cabinet du premier ministre, 21 août 2026). La diversification doit donc être évaluée comme un complément à l'intégration, et non comme son contraire. Elle peut en outre être créatrice de valeur lorsqu'un autre marché offre de meilleures conditions économiques.
Le climat politique qui en ressort peut être qualifié de pragmatique, mais fortement transactionnel. Les canaux politiques demeurent ouverts, mais les conditions d'accès peuvent désormais être modifiées rapidement au gré des négociations. Cette instabilité accroît la valeur d'options commerciales crédibles pour les entreprises. Elle ne signifie pas que le marché américain devient secondaire; elle augmente plutôt le coût de la concentration. Le problème n'est donc pas la proximité avec les États-Unis, mais l'absence d'options lorsque l'accès se dégrade.
L'incertitude ne vient pas uniquement des niveaux tarifaires eux-mêmes. Elle tient aussi à l'utilisation des tarifs comme instrument de négociation sur plusieurs dossiers, notamment l'automobile, l'acier, l'aluminium et les règles d'accès préférentiel. La révision à venir de l'ACEUM ajoute une dimension supplémentaire à cette incertitude. La résilience commerciale devient ainsi une question de choix d'options, et pas seulement de niveau de droits de douane.
L'ACEUM demeure un actif central de cette relation, mais sa révision peut modifier les incitations qui structurent les chaînes de valeur. Dans l'automobile notamment, toute évolution des règles d'origine ou des conditions d'accès préférentiel peut modifier la localisation des investissements, l'approvisionnement et la compétitivité. Cette possibilité renforce l'intérêt d'outils capables d'identifier rapidement, produit par produit, les marchés alternatifs économiquement crédibles, sans présumer que la relation américaine est soit toujours optimale, soit facilement substituable.
La relation Canada–États-Unis ne correspond donc pas à une rupture, mais à une relation dans laquelle l'accès au marché reste essentiel tout en étant devenu plus contingent. Pour les entreprises, la valeur stratégique de la diversification réside précisément dans la possibilité de ne pas dépendre d'une seule option.
Du risque commercial à la stratégie de résilience
Le 21 août 2026 marque un tournant dans cette dynamique. La suspension des négociations et l'annonce de nouveaux droits de douane américains de 50 % sur environ 28 milliards de dollars de produits canadiens confirment que le risque pertinent n'est plus seulement le niveau d'un tarif, mais la possibilité d'une modification rapide des conditions d'accès. Pour les entreprises, cette incertitude a une valeur économique propre : elle affecte les décisions d'investissement, de capacité, de prix et de localisation avant même que les volumes échangés ne s'ajustent.
Cette évolution ne conduit pas à conclure que l'intégration avec les États-Unis était une erreur. Elle invite plutôt à distinguer deux questions. La première est celle de la concentration du risque : une entreprise dont les débouchés reposent sur un seul marché est plus exposée à un choc propre à ce marché. La seconde est celle de l'efficience : un flux commercial important n'est pas, par sa seule existence, la preuve que cette destination constitue le meilleur débouché économique.
À l'échelle de l'entreprise, la diversification peut donc jouer un double rôle. Par analogie avec la théorie du portefeuille, répartir les ventes entre des marchés dont les risques ne sont pas parfaitement corrélés réduit l'exposition à un choc spécifique. Mais l'argument ne s'arrête pas à l'assurance : certains marchés alternatifs peuvent aussi offrir de meilleures conditions économiques. La diversification peut alors améliorer simultanément la résilience et la performance commerciale.
C'est précisément dans cette configuration que le CCA prend toute son importance. Il ne s'agit pas de rechercher à tout prix un substitut au marché américain, mais d'identifier, produit par produit, les destinations où le coût rendu canadien est compétitif par rapport aux fournisseurs en place. La diversification devient ainsi sélective : on préserve les chaînes nord-américaines lorsqu'elles sont efficientes et l'on développe d'autres marchés lorsqu'ils offrent un avantage économique crédible. Ce sont les entreprises, et non le pays pris comme une entité abstraite, qui effectuent concrètement ces arbitrages.
Du tarif au redéploiement commercial : l'intérêt stratégique du CCA
Dans ce contexte, le module de Cost-Based Comparative Advantage (CCA) développé par le GVC complète directement le simulateur tarifaire.
Le simulateur cherche essentiellement à répondre à la question :
Que pourrait-il arriver aux exportations canadiennes si le coût d'accès au marché américain augmente ?
Le CCA permet d'aborder la question suivante :
Si ce marché devient moins attractif, vers quels autres marchés certaines entreprises canadiennes pourraient-elles rediriger un produit lorsque leur coût rendu y est compétitif par rapport aux fournisseurs déjà présents ?
Cette deuxième question est essentielle car la diversification ne peut pas consister simplement à déplacerles mêmes produits vers n'importe quel marché. La compétitivité dépend notamment de la valeur du produit, de son coût par kilogramme, des coûts de transport, de la taille du marché d'importation et des concurrents internationaux déjà présents.
Le CCA du GVC compare ainsi les coûts associés aux exportations canadiennes avec ceux de concurrents internationaux et permet d'identifier, au niveau très détaillé HS6,les marchés pour lesquels le Canada pourrait présenter un avantage économique relatif. Les captures du jumeau numérique montrent par exemple cette analyse pour l'aluminium non ouvré et les alliages (HS 760120), certains produits en acier inoxydable (HS 722211 et HS 721810), les suspensions et amortisseurs automobiles (HS 870880), certains produits du bois (HS 440791) ou encore les produits pétroliers raffinés (HS 271012) (GVCdtLab, module CCA, 2026).HS 760120), certain stainless steel products (HS 722211 and HS 721810), automotive suspensions and shock absorbers (HS 870880), certain wood products (HS 440791), and refined petroleum products (HS 271012) (GVCdtLab, CCA module, 2026).
Les cartes distinguent ainsi les marchés présentant des positions relativement favorables et défavorables pour une possible redirection commerciale. La fonction du CCA n'est donc pas de prédire qu'un pays donné achètera nécessairement une quantité précise de biens canadiens, mais de fournir une hiérarchisation économique des marchés potentiels..
Les données observées depuis l'introduction des tarifs américains fournissent une illustration empirique particulièrement utile de cette logique. Le déplacement des exportations d'aluminium vers les Pays-Bas,
l'Italie et la Pologne, parallèlement au recul relatif du marché américain, constitue un exemple concret de
réorientation des flux (Statistique Canada, 2025).
À l'échelle agrégée, ce déplacement est également visible : les exportations canadiennes de marchandises
vers des destinations hors États-Unis ont progressé de 17,2 % en 2025, alors que celles vers les États-Unis reculaient de 5,8 % (Statistique Canada, 2026).
Il faut néanmoins apporter une nuance importante. Statistique Canada estime qu'une partie substantielle de l'augmentation des exportations hors États-Unis en 2025 provenait de l'or, de l'argent et des métaux du groupe du platine, notamment dans un contexte de forte demande pour les valeurs refuges. Même en excluant ces produits, toutefois, les exportations canadiennes vers les marchés hors États-Unis ont augmenté d'environ 14 milliards de dollars,tandis que celles vers les États-Unis diminuaient de près de 31 milliards(Statistique Canada, printemps 2026).
Cette nuance renforce précisément l'intérêt du CCA : une augmentation agrégée des exportations hors
États-Unis ne suffit pas à conclure qu'une diversification structurelle réussie est en cours. Il faut déterminer
quels produits, vers quels marchés, avec quel avantage de coût et avec quelle pérennité peuvent
réellement être redirigés, sans présumer que la destination historique était nécessairement l'optimum économique.
Ce que l'on peut en conclure pour le GVC et le CIRANO
L'évolution observée depuis 2025 est cohérente avec une approche analytique en trois étapes : mesurer l'exposition, simuler le choc et identifier les possibilités de redirection.
Premièrement, le jumeau numérique montre que la forte intégration commerciale avec les États-Unis représente à la fois un avantage économique considérable et un risque de concentration.Les tarifs introduits depuis 2025 ont transformé ce risque, auparavant essentiellement hypothétique, en contrainte économique concrète.
Deuxièmement, les résultats observés sont cohérents avec le mécanisme central illustré par le simulateur : lorsque le coût d'accès au marché américain augmente, les exportations vers ce marché tendent à diminuer. Statistique Canada rapporte notamment une chute de 15,8 % des exportations canadiennes vers les États-Unis en avril 2025,au moment où les entreprises commençaient à s'adapter aux nouvelles mesures américaines(Statistique Canada, 2025).
Troisièmement, les données montrent que cette contraction s'accompagne déjà d'une certaine diversification géographique.La part américaine dans les exportations canadiennes est passée de 75,9 % à 71,7 % entre 2024 et 2025 et les exportations vers les autres marchés ont progressé de 17,2 %(Statistique Canada, 2026).
Quatrièmement, cette diversification ne doit pas être interprétée comme une stratégie visant à remplacer
les États-Unis. Elle doit être évaluée entreprise par entreprise et produit par produit. Dans certains cas,
les chaînes nord-américaines sont déjà efficientes; dans d'autres, des marchés tiers peuvent combiner
un meilleur positionnement de coût avec une réduction du risque de concentration. La diversification peut alors améliorer à la fois la résilience et la performance commerciale.
Enfin, la suspension des négociations le 21 août confirme que même une éventuelle reprise des discussions ne rétablirait pas automatiquement le climat commercial antérieur à 2025. Le gouvernement canadien poursuit désormais explicitement deux objectifs : préserver le meilleur accès possible au marché américain et accélérer
la diversification des partenariats à l'étranger. Ces objectifs sont complémentaires : ils combinent efficacité
commerciale, autonomie stratégique et gestion du risque (Cabinet du premier ministre, 21 août 2026).
Le principal risque n'est donc plus seulement le niveau actuel du tarif,mais l'incertitude sur son évolution future.
Dans ce contexte, la principale valeur stratégique du jumeau numérique du GVC n'est peut-être pas de déterminer si le prochain tarif américain sera exactement de 10 %, 25 % ou 50 %. Elle réside plutôt dans la possibilité de répondre rapidement à deux questions essentielles pour les décideurs :
Quelle partie des chaînes de valeur canadiennes devient vulnérable lorsqu'un tarif apparaît ? Et quelles alternatives commerciales sont économiquement crédibles si ce risque se matérialise ?
L'association du Tariff Impact Simulator and the Cost-Based Comparative Advantage fournit précisément cette lecture complémentaire. Le premier permet d'évaluer la vulnérabilité d'un secteur ou d'un produit à un choc tarifaire; le second permet d'examiner les possibilités de redirection des échanges en fonction de la compétitivité canadienne.
Les événements de 2025-2026 donnent ainsi une portée très concrète à ces outils. Les données montrent à la fois une contraction des flux vers les États-Unis, une croissance des exportations vers d'autres marchés et, pour certains produits comme l'aluminium, l'émergence de nouvelles destinations commerciales. Cette évolution suggère que la diversification n'est plus uniquement une question prospective : elle est déjà devenue l'un des mécanismes d'adaptation des entreprises canadiennes au nouveau climat commercial nord-américain..
La conclusion pertinente pour le GVC et le CIRANO est donc moins celle d'un déplacement du Canada hors du marché américain que celle d'une diversification sélective, à la fois défensive et offensive. Le Canada conservera vraisemblablement une relation commerciale extrêmement importante avec les États- Unis. Mais il faut éviter deux erreurs symétriques : supposer que toute baisse du commerce avec les États-Unis
constitue une perte, ou que toute diversification constitue un gain. L'enjeu est d'identifier, entreprise par entreprise et produit par produit, les marchés qui améliorent la résilience, l'efficience économique, ou les deux.